Salon de 1845

III

Tableaux de genre

Baron
A donné les Oies du frère Philippe, un conte de la Fontaine. C'est un prétexte à jolies femmes, à ombrages, et à tons variés quand même.

C'est d'un aspect fort attirant, mais c'est le rococo du romantisme. - Il y a là dedans du Couture, un peu du faire de Célestin Nanteuil, beaucoup de tons de Roqueplan et de C. Boulanger. - Réfléchir devant ce tableau combien une peinture excessivement savante et brillante de couleur peut rester froide quand elle manque d'un tempérament particulier.

Isabey
Un intérieur d'alchimiste

Il y a toujours là-dedans des crocodiles, des oiseaux empaillés, de gros livres de maroquin, du feu dans des fourneaux, et un vieux en robe de chambre, - c'est-à-dire une grande quantité de tons divers. C'est ce qui explique la prédilection de certains coloristes pour un sujet si commun.

M. Isabey est un vrai coloriste - toujours brillant, - souvent délicat. Ç'a été un des hommes les plus justement heureux du mouvement rénovateur.

Lécurieux
Salomon de Caus à Bicêtre

Nous sommes à un théâtre du boulevard qui s'est mis en frais de littérature; on vient de lever le rideau, tous les acteurs regardent le public.

Un seigneur, avec Marion Delorme onduleusement appuyée à son bras, n'écoute pas la complainte du Salomon qui gesticule comme un forcené dans le fond.

La mise en scène est bonne; tous les fous sont pittoresques, aimables, et savent parfaitement leur rôle.

Nous ne comprenons pas l'effroi de Marion Delorme à l'aspect de ces aimables fous.

Ce tableau a un aspect uniforme de café au lait. La couleur en est roussâtre comme un vilain temps plein de poussière.

Le dessin, - dessin de vignette et d'illustration. A quoi bon faire de la peinture dite sérieuse, quand on n'est pas coloriste et qu'on n'est pas dessinateur?

Mme Céleste Pensotti
Le tableau de madame Céleste Pensotti s'appelle Rêverie du soir. Ce tableau, un peu maniéré comme son titre, mais joli comme le nom de l'auteur, est d'un sentiment fort distingué. - Ce sont deux jeunes femmes, l'une appuyée sur l'épaule de l'autre, qui regardent à travers une fenêtre ouverte. - Le vert et le rose, ou plutôt le verdâtre et le rosâtre y sont doucement combinés. Cette jolie composition, malgré ou peut-être à cause de son afféterie naïve d'album romantique, ne nous déplaît pas; - mais cela a une qualité trop oubliée aujourd'hui. C'est élégant, - cela sent bon.

Tassaert
Un petit tableau de religion presque galante. - La Vierge allaite l'enfant Jésus - sous une couronne de fleurs et de petits amours. L'année passée nous avions déjà remarqué M. Tassaert. Il y a là une bonne couleur, modérément gaie, unie à beaucoup de goût.

Leleux Frères
Tous leurs tableaux sont très bien faits, très bien peints, et très monotones comme manière et choix de sujets.

Lepoitevin
Sujets à la Henri Berthoud (voyez le livret). - Tableaux de genre, vrais tableaux de genre trop bien peints. Du reste, tout le monde aujourd'hui peint trop bien.

Guillemin
M. Guillemin, qui a certainement du mérite dans l'exécution, dépense trop de talent à soutenir une mauvaise cause; - la cause de l'esprit en peinture. - J'entends par là envoyer à l'imprimeur du livret des légendes pour le public du dimanche.

Muller
M. Muller croit-il plaire au public du samedi en choisissant ses sujets dans Shakespeare et Victor Hugo? - De gros amours Empire sous prétexte de sylphes. - Il ne suffit donc pas d'être coloriste pour avoir du goût. - Sa Fanny est mieux.

Duval Lecamus Père
"... Sait d'une voix légère Passer du grave au doux, du plaisant au sévère."

Duval Lecamus Jules
a été imprudent d'aborder un sujet traité déjà par M. Roqueplan.

Gigoux
M. Gigoux nous a procuré le plaisir de relire dans le livret le récit de la Mort de Manon Lescaut. Le tableau est mauvais; pas de style; mauvaise composition, mauvaise couleur. Il manque de caractère, il manque de son sujet. Quel est ce Des Grieux? je ne le connais pas.

Je ne reconnais pas non plus là M. Gigoux, que la faveur publique faisait, il y a quelques années, marcher de pair avec les plus sérieux novateurs.

M. Gigoux, l'auteur du Comte de Cominges, de François Ier assistant Léonard de Vinci à ses derniers moments, M. Gigoux du Gil Blas, M. Gigoux est une réputation que chacun a joyeusement soulevée sur ses épaules. Serait-il donc aujourd'hui embarrassé de sa réputation de peintre?

Rudolphe Lehmann
Ses Italiennes de cette année nous font regretter celles de l'année passée.

De la Foulhouze
a peint un parc plein de belles dames et d'élégants messieurs, au temps jadis. C'est certainement fort joli, fort élégant, et d'une très bonne couleur. Le paysage est bien composé. Le tout rappelle beaucoup Diaz; mais c'est peut-être plus solide.

Pérèse
La saison des roses. - C'est un sujet analogue, - une peinture galante et d'un aspect agréable, qui malheureusement fait songer à Wattier, comme Wattier fait songer à Watteau.

De Dreux
est un peintre de la vie élégante, high life. - Sa Châtelaine est jolie; mais les Anglais font mieux dans le genre paradoxal. - Ses scènes d'animaux sont bien peintes; mais les Anglais sont plus spirituels dans ce genre animal et intime.

Mme Calamatta
a peint une Femme nue à sa toilette, vue de face, la tête de profil - fond de décoration romaine. L'attitude est belle et bien choisie. En somme, cela est bien fait. Madame Calamatta a fait des progrès. Cela ne manque pas de style, ou plutôt d'une certaine prétention au style.

Papety
promettait beaucoup, dit-on. Son retour d'Italie fut précédé par des éloges imprudents. Dans une toile énorme, où se voyaient trop clairement les habitudes récentes de l'Académie de peinture, M. Papety avait néanmoins trouvé des poses heureuses et quelques motifs de composition; et malgré sa couleur d'éventail, il y avait tout lieu d'espérer pour l'auteur un avenir sérieux. Depuis lors, il est resté dans la classe secondaire des hommes qui peignent bien et ont des cartons pleins de motifs tout prêts. La couleur de ses deux tableaux (Memphis. - Un assaut) est commune. Du reste, ils sont d'un aspect tout différent, ce qui induit à croire que M. Papety n'a pas encore trouvé sa manière.

Adrien Guignet
M. Adrien Guignet a certainement du talent; il sait composer et arranger. Mais pourquoi donc ce doute perpétuel? Tantôt Decamps, tantôt Salvator. Cette année, on dirait qu'il a colorié sur papyrus des motifs de sculpture égyptienne ou d'anciennes mosaïques (les Pharaons). Cependant Salvator et Decamps, s'ils faisaient Psammenit ou Pharaon, les feraient à la Salvator et à la Decamps. Pourquoi donc M. Guignet...?

Meissonier
Trois tableaux: Soldats jouant aux dés - Jeune homme feuilletant un carton - Deux buveurs jouant aux cartes.
Autres temps, autres moeurs; autres modes, autres écoles. M. Meissonier nous fait songer malgré nous à M. Martin Drolling. Il y a dans toutes les réputations, même les plus méritées, une foule de petits secrets. - Quand on demandait au célèbre M. X*** ce qu'il avait vu au Salon, il disait n'avoir vu qu'un Meissonier, pour éviter de parler du célèbre M. Y***, qui en disait autant de son côté. Il est donc bon de servir de massue à des rivaux.
En somme, M. Meissonier exécute admirablement ses petites figures. C'est un Flamand moins la fantaisie, le charme, la couleur et la naïveté - et la pipe!

Jacquand
fabrique toujours du Delaroche, vingtième qualité.

Roehn
Peinture aimable (argot de marchand de tableaux).

Rémond
Jeune école de dix-huit cent vingt.

Henri Scheffer
Auprès de Madame Roland allant au supplice, la Charlotte Corday est une oeuvre pleine de témérité. (Voir aux portraits).

Hornung
"Le plus têtu des trois n'est pas celui qu'on pense."

Bard
Voir le précédent.

Geffroy
Voir le précédent.