Salon de 1845
Brillouin
M. Brillouin a envoyé cinq dessins au crayon noir qui ressemblent un peu à ceux de M. de
Lehmud;mais ceux-ci sont plus fermes et ont peut-être plus de caractère. - En général, ils sont
bien composés. - Le Tintoret donnant une leçon de dessin à sa fille, est certainement une très
bonne chose. - Ce qui distingue surtout ces dessins est leur noble tournure, leur sérieux et le
choix des têtes.
Curzon
Une sérénade dans un bateau, - est une des choses les plus distinguées du Salon. L'arrangment
de toutes ces figures est très heureusement conçu; le vieillard au bout de la barque, étendu
au milieu de ses guirlandes, est une très jolie idée. - Les compositions de M. Brillouin et
celle de M. Curzon ont quelque analogie; elles ont surtout ceci de commun, qu'elles sont bien
dessinées - et dessinées avec esprit.
De Rudder
Nous croyons que M. de Rudder a eu le premier l'heureuse idée des dessins sérieux et serrés;
des cartons, comme on disait autrefois. - Il faut lui en savoir gré. - Mais quoique ses dessins
soient toujours estimables et gravement conçus, combien néanmoins ils nous paraissent
inférieurs à ce qu'ils veulent être! Que l'on compare, par exemple, le Berger et l'Enfant aux
dessins nouveaux dont nous venons de parler.
Maréchal
La Grappe est sans doute un beau pastel, et d'une bonne couleur; mais nous reprocherons à tou
ces messieurs de l'école de Metz de n'arriver en général qu'à un sérieux de convention et qu'à
la singerie de la maestria, - ceci soit dit sans vouloir le moins du monde diminuer l'honneur
de leurs efforts. - Il en est de même de
Tourneux
dont, malgré tout son talent et tout son goût, l'exécution n'est jamais à la hauteur de
l'intention.
Pollet
a fait deux fort bonnes aquarelles, d'après le Titien, où brille réellement l'intelligence du
modèle.
Chabal
Des fleurs à la gouache, - consciencieusement étudiées et d'un aspect agréable.
Alphonse Masson
Les portraits de M. Masson sont bien dessinés. - Ils doivent être très ressemblants; car le
dessin de l'artiste indique une volonté ferme et laborieuse; mais aussi il est un peu dur et
sec, et ressemble peu au dessin d'un peintre.
Antonin Moine
Toutes ces fantaisies ne peuvent être que celles d'un sculpteur. - Voilà pourtant où le
romantisme a conduit quelques-uns!
Vidal
C'est l'an passé, à ce que nous croyons, qu'a commencé le préjugé des dessins Vidal. - Il
serait bon d'en finir tout de suite. - On veut à toute force nous présenter M. Vidal comme
un dessinateur sérieux. - Ce sont des dessins très finis, mais non faits; néanmoins cela, il
faut l'avouer, est plus élégant que les Maurin et les Jules David. - Qu'on nous pardonne
d'insister si fort à ce sujet; - mais nous connaissons un critique qui, à propos de M. Vidal,
s'est avisé de parler de Watteau.
Mme De Mirbel
est ce qu'elle a toujours été; - ses portraits sont parfaitement bien exécutés, et madame de
Mirbel a le grand mérite d'avoir apporté la première, dans le genre si ingrat de la miniature,
les intentions viriles de la peinture sérieuse.
Henriquel Dupont
nous a procuré le plaisir de contempler une seconde fois le magnifique portrait de M. Bertin,
par M. Ingres, le seul homme en France qui fasse vraiment des portraits. - Celui-ci est sans
contredit le plus beau qu'il ait fait, sans en excepter le Cherubini. - Peut-être la fière
tournure et la majesté du modèle a-t-elle doublé l'audace de M. Ingres, l'homme audacieux par
excellence. - Quant à la gravure, quelque consciencieuse qu'elle soit, nous craignons qu'elle
ne rende pas tout le parti pris de la peinture. - Nous n'oserions pas affirmer, mais nous
craignons que le graveur n'ait omis certain petit détail dans le nez ou dans les yeux.
Jacque
M. Jacque est une réputation nouvelle qui ira toujours grandissant, espérons-le. - Son
eau-forte est très hardie, et son sujet très bien conçu. - Tout ce que fait M. Jacque sur le
cuivre est plein d'une liberté et d'une franchise qui rappelle les vieux maîtres. On sait
d'ailleurs qu'il s'est chargé d'une reproduction remarquable des eaux-fortes de Rembrandt.
